Espèces, la maille du vivant

Résumé

L’articulation entre ce qu’on a appelé l’humanité et l’animalité est une préoccupation universelle. L’exposition interroge la façon dont les êtres humains se représentent le monde, s’y intègrent et contribuent à le modifier. Les êtres vivants, humains et non humains, tissent dans le monde un réseau de liens variés, une maille où tout se tient et se répond. Le parcours est naturellement structuré par cette maille, constituée de 27 kilomètres de cordes. Cette scénographie, toute en métaphore, rend ainsi tangibles les liens asymétriques qui unissent les différentes espèces du monde vivant.

 

Quelques clés de l’exposition

L’harmonie entre l’homme et l’animal marque le début du parcours et décline les formes qu’elle a prises dans les cultures égyptienne, aborigène ou inuit. Tour à tour divinité, intercesseur ou totem, l’animal est rendu anthropomorphe, modifié dans sa chair ou laissé à sa nature première.

Momies animales. Concevoir les rapports à la nature sous l’angle symbolique des qualités partagées, d’une coexistence harmonieuse, d’une circulation des âmes est une pensée présente dans de nombreuses civilisations, inuit, aborigène, amérindienne. C’est une diversité de représentations du monde que le visiteur découvre en préambule du parcours. En Égypte antique, les momies animales, collection remarquable de Confluences, deuxième au monde après le Caire, jouaient l’intermédiaire entre les hommes et les dieux : l’animal représente l’essence de la divinité, ou est offert en ex-voto. Momies de bélier, de crocodile, de perche, d’ibis, de faucon, de chat… Plus d’une vingtaine sont à découvrir aux côtés du Sphinx mi-homme, mi-animal, gardien du temple.

L’émotion suscitée par l’animalité - la fascination, la dévotion ou la crainte - a engendré chez l’homme des rapports respectueux ou de fusion. En Occident, l’esprit scientifique et la philosophie de la raison qui se développent au XVIIe siècle modifient cette harmonie et entraînent une mise à distance de l’animal, établissant un rapport nouveau basé sur l’analyse objective.

Microscopes : l’observation. La séparation nature-culture est issue d’une pensée occidentale anthropocentrique qui émerge au XVIIe siècle. Dans ce rapport au monde, la nature devient objet d’observation scientifique et le naturaliste acquiert des outils spécifiques à ses nouveaux champs d’études, tels que ces microscopes simples d’origines et de formes variées, à compas, aquatiques, botaniques ou encore de dissection.

D’objet de crainte ou de fascination, l’animal devient le sujet d’une analyse dont la classification révèle l’étonnante variété des familles et des formes, livrant de véritables tableaux aux couleurs chamarrées et éclatantes.

La diversité des espèces. De ces études, l’Homme crée une classification, dans laquelle il se situe. L’Homo sapiens est un mammifère parmi les 5 400 autres : bœuf musqué, ornithorynque, tatou, oryx, girafe, tigre... Ils sont 38 ainsi présentés avant de découvrir une famille plus nombreuse, celle des oiseaux. Sur les 10 000 espèces aux formes, couleurs et ornementations incroyables, plus de 200 ont été rassemblées dans un tableau enchanteur au sein de ce parcours du monde vivant. Ce chemin nous conduit ensuite à une composition d’une grande finesse de mollusques, présents dans toutes les mers et les océans, puis à une myriade d’insectes, le plus vaste ensemble animal, dont la diversité du papillon au scarabée dépasse l’imagination : plusieurs millions seraient encore à découvrir.

Buisson du vivant. L’évolution de la vie est loin d’être linéaire. À l’image d’un buisson qui se développe dans toutes les directions, ses innombrables ramifications parties d’un point d’origine commun, s’arrêtent ou se diversifient au cours du temps. L’être humain n’est qu’une infime et très récente brindille du buisson. Ce propos est matérialisé par une sculpture blanche mise en lumière.

Antilopes. Certaines espèces ont une grande ressemblance, de par leur adaptation environnementale, sans pourtant être proches parentes : c’est ce que nous montrent les 17 antilopes présentées, qu’elles vivent dans le désert, la savane ou la forêt.

La mise à distance de l’animal renvoie l’homme à sa propre identité et unicité. Quelle place pour lui dans la vaste maille du vivant ? Quelles caractéristiques pour le différencier et le définir dans ses qualités propres ? Le parcours se poursuit par une sélection de caractéristiques de l’espèce humaine, être vivant à la vie sociale d’une grande complexité, disposant de grandes capacités cognitives, mû par des émotions innées ou acquises, conscient et intervenant sur son propre corps.

Dessins préhistoriques. Sa capacité d’abstraction se révèle dans ses gravures sur os ou sur galet et se poursuivent dans l’invention de l’écriture, dont témoignent quelques tablettes.

Masques nô. La gamme infinie de sentiments est mise en scène par l’acteur de théâtre nô (époque Edo, 1603-1868) qui fait varier les expressions de son masque en fonction de l’inclinaison de la tête.

Ensemble de radiologie. En allant plus loin dans la conscience de son corps, l’Homme repousse ses limites. Il développe des savoirs et des technologies pour observer, réparer, modifier son corps, comme en témoigne l’invention de la radiographie à la fin du XIXe siècle ou celle récente de prothèses robotisées.

L’homme, formidablement unique au sein de la maille du vivant, est le seul être à pouvoir agir consciemment sur son environnement et à le modifier pour subvenir à ses besoins, au détriment ou en faveur des espèces avec lesquelles il cohabite.

Mammifère disparu : la rhytine de Steller. L’être humain est aussi l’espèce capable d’impacts décisifs sur l’ensemble de son environnement. Les espèces menacées par l’Homme ont parfois totalement disparu : telle cette rhytine de Steller découverte en 1741 dans le détroit de Behring, paisible mammifère marin disparu en à peine 27 ans de chasse. Ne subsistent que de rares squelettes, dont celui présenté au musée des Confluences, aux côtés du Dodo, du loup de Tasmanie ou du pigeon migrateur.

Mammifère protégé : le Dugong. C’est grâce aux liens symboliques très forts que l’Homme tisse avec les autres espèces que la préservation de la biodiversité sera mieux prise en compte. En témoignent les rapports qu’il entretient avec le Dugong dans le nord de l’Australie, seul endroit du monde où l'animal se maintient. Ces bronzes gravés des légendes de chasses rituelles ont été réalisés par l’artiste Dennis Nona.

Scénographie

Surface : 937 m²

Principes généraux : la scénographie rend compte de la complexité du vivant et des actions. La maille qui se développe et structure le parcours tisse métaphoriquement les liens asymétriques qui unissent les différentes espèces du monde vivant.

Scénographes : agence Zen + dCo. Architecte de formation, Zette Cazalas crée son agence Zen + dCo en 1995 à Paris. Avec Jesus Pacheco, architecte diplômé par le gouvernement qui a rejoint l’atelier en 1998, ils réalisent notamment la muséographie du musée Masséna à Nice (livraison 2006) et celle du musée national de la porcelaine Adrien Dubouché à Limoges (livraison 2012), ou plus récemment au musée de l’Homme à Paris.

Conception muséographique

  • Graphisme : Polygraphik
  • Audiovisuel : Labeyrie & associés
  • Concepteur lumière : 8’18
  • Accompagnement numérique : Erasme, Living Lab

Réalisation scénographique

  • Agencement muséographique : Goppion
  • Graphisme et signalétique : Boscher
  • Soclage : Aïnu
  • Distribution électrique générale : Eiffage Energie
  • Eclairage : Big Bang
  • Equipement audiovisuel et TIC : IEC

Production audiovisuelle et interactive

  • Films d’animation : la Station Animation
  • Interviews, films documentaires et productions sonores : les Films d’Ici
  • Dispositifs interactifs : l’Atelier 144
  • Manipulation interactive : l’Atelier ADESS
  • Assistance à la maîtrise d’ouvrage à la production audiovisuelle : Philippe Barbenès
  • « Le buisson du vivant » : Laetoli Production, Samba Soussoko

Liens

 

 

 

 

Localisation dans le musée :